CES PAYS D’EUROPE CENTRALE QUI NE VEULENT PAS SANCTIONNER LA RUSSIE

1 mai 2014

Non classé

par Alexandre Moustafa

Alexandre Moustafa est diplômé d’un master 1 en science politique à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne et d’un Master 2 en Intelligence Economique. Il est actuellement étudiant à l’Ecole de Guerre Economique. Il a par ailleurs étudié dans plusieurs universités tchèques (Univerzita Karlova v Praze et Univerzita Palackého v Olomouci) et séjourné dans plusieurs pays slaves comme la Russie et la Serbie.

La presse et les élites politiques françaises se sont spécialisées dans la critique quotidienne de la Russie, et de ne parler de cette dernière que de manière uniquement arbitraire sur tous les plans. Les principaux médias français occultent le fait que l’économie française souffre des sanctions qu’elle impose à la Russie, pour faire plaisir au Maître américain.

On entend souvent dire que l’ « Europe » sanctionne la Russie, comme si l’Europe était une zone homogène – même si c’est le rêve des « pseudo-élites » de Bruxelles d’en faire un pays unifié. Or, des pays s’élèvent depuis plusieurs mois pour critiquer ces sanctions, car ils les estiment mauvaises pour leur économie et inefficace. Ces pays ne sont pas inféodés ou payés par les services secrets russes, comme on pourrait l’entendre dans les médias français, mais, ils font tout simplement le calcul des avantages et des inconvénients de ces sanctions. Ainsi la République Tchèque, la Slovaquie, l’Autriche et la Hongrie pour l’Europe Centrale, s’opposent aux sanctions pour différentes raisons.

La République Tchèque arrête son atlantisme

Le nouveau Président tchèque Milos Zeman tranche avec les précédentes positions de son pays, totalement alignées sur la diplomatie américaine.

Il n’hésite pas affirmer que «  la situation dans l’est de l’Ukraine ne peut rester un conflit gelé. Pour la Russie, la paix est plus avantageux que la guerre, même si c’est un conflit de faible intensité ». Il va même jusqu’à dire que, « nous pouvons comprendre les intérêts russes en Crimée, même si nous ne sommes pas d’accord avec eux ». Il n’hésite pas à marteler que la sortie de crise en Ukraine ne peut être trouvée que par une issue diplomatique. Il affirment même que les sanctions ne touchent pas l’économie russe, et ne font que rehausser la popularité du Président russe. Il est vrai que depuis le rattachement de la Crimée à la Russie, la popularité de Monsieur Poutine ne cesse de progresser, pouvant faire de nombreux envieux, notamment en France.

En revanche, pour l’ex ministre tchèque de la défense Alexandr Vondra, le pays perd de son intérêt aux yeux de Washington, « le président Milos Zeman et le gouvernement tchèque ne sont pas suffisamment actifs à l’égard des Etats-Unis et ne tentent pas d’infléchir la tendance à l’affaiblissement de l’intérêt américain pour la République Tchèque ».

En effet, Milos Zeman n’a pas fait un déplacement à Washington, tout comme le ministre des affaires étrangères Lubomir Azoralek. Tous ces éléments « déplacent la République Tchèque de l’Ouest vers l’Est ». On peut bien voir la terminologie employée par le camp atlantiste, comme si le mot « Est » était l’insulte suprême. L’objectif de l’« Occident », – le noble nom de l’OTAN – est d’enlever l’ancrage historique de nombreux pays en Europe de l’est.

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Début janvier 2015, Milos Zeman a critiqué l’« idéalisation »  faite de l’Ukraine depuis Maïdan et affirme que le conflit dans l’est de ce pays est une « guerre civile ».

Il critique le principe même de révolution, « un grand nombre de gens mal informés idéalisent l’Ukraine. Ils croient qu’il y est arrivé quelque chose comme la révolution de velours…Maïdan n’est pas une révolution démocratique ». Très justement,

il qualifie ainsi  Petro Porochenko de « Président de la paix » et Arseni Iatseniouk de « Premier ministre de la guerre ».  Il développe sa pensée en précisant que Iatseniouk « ne veut pas de solution pacifique recommandée par la Commission européenne, mais veut résoudre ce problème par la force, ce qui conduirait au rétablissement du soutien de la Russie aux séparatistes ». En effet Arseni Iatseniuouk au plus bas dans les sondages, ne doit sa place que par le maintien d’une situation de guerre.

 

Plus récemment, Milos Zeman a été critiqué par l’ambassadeur des Etats-Unis en République Tchèque, suite à sa volonté de participer à la 70e grande victoire de la seconde guerre mondiale à Moscou.

Ce a quoi, il a affirmé, « je ne pense pas que l’ambassadeur tchèque à Washington se permettrait de donner des conseils au président américain sur ses destinations de voyage (…). Je ne vais pas laisser quelqu’ambassadeur que ce soit donner son avis sur mes voyages à l’étranger (…). La porte du Château de Prague (résidence officielle du président de la République tchèque) est désormais fermée à l’ambassadeur Schapiro ». Il a ainsi affirmé que la République Tchèque est un pays libre et non un protectorat américain comme les pays Baltes. Milos Zeman, depuis son arrivé au pouvoir il y a plus de deux ans, a impulsé une vrai rupture dans la diplomatie tchèque, il est suivi en cela par un pays frontalier proche, la Slovaquie.

 

La Slovaquie suit la position Tchèque

 

Le président Slovaque, Robert Fico est farouchement opposé aux sanctions, ainsi qu’aux  livraisons d’armes aux hooligans de l’Ouest. « Si les armes y arrivent, il y aura une escalade de la tension et une grande guerre régulière » a t-il prévenu devant les parlementaires slovaques.  Il s’exprimait à quelques heures de l’ouverture du sommet de Minsk. Il y a pour lui « deux options : soit une guerre traînante accompagnée de larges sanctions économiques contre la Russie, soit un cessez-le-feu ». Mais, c’est surtout l’économie qui le préoccupe, « de nombreuses entreprises slovaques rencontrent de sérieux problèmes, les gens perdent leurs emplois. Est-ce que ces sanctions vont faire changer la position de la Russie ? Je pense que non ». Que peut-on reprocher au chef d’Etat slovaque, si ce n’est que de ne vouloir défendre les intérêts de l’économie et des employés slovaques ?

En revanche, la sortie de crise possible pour lui et la fédéralisation ; ainsi, « la souveraineté du pays et l’intégrité territoriale sera en place ». « La solution militaire n’est pas ce dont a besoin l’Ukraine. Les politiciens doivent chercher des compromis. Je crois au processus de négociations »

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Pour l’opposition slovaque, mené par le SDKU-DS (Chrétien-démocrate), « Fico s’est comporté à plusieurs reprises comme un agent de Poutine, non pas comme un représentant de l’UE et de l’OTAN ». Dans tous les pays, les mêmes insultent fusent ; une simple critique des sanctions fait de la personne, un agent du FSB (services secrets russes). On voit bien que l’idéologie est présente derrière ces sanctions. L’économie tant vanté ne tient plus le haut du pavé dans la guerre contre l’ « axe de la haine ».

 

Par conséquent, Vladimir Batchichine, économiste, professeur à l’université paneuropéenne de Bratislava précise que « bien que la Slovaquie soit membre de l’UE, elle cherche à mener une politique étrangère relativement indépendante. Le premier ministre n’hésite pas à aller contre les bureaucrates européens en déclarant que les sanctions réciproques décrétées par l’UE et la Russie sont insensées ». Plus proche de nous, l’Autriche pourrait montrer la voie à suive aux pays se trouvant à son ouest.

 

L’Autriche, une position courageuse en Europe de l’Ouest

 

Le chancelier autrichien Werner Faymann a affirmé que la coopération économique et politique avec la Russie avait besoin d’être renouvelé.

 

Le chancelier ne partage pas « cette euphorie du succès des sanctions contre la Russie » a t’il déclarer fin décembre 2014. « Je ne peux pas partager cette euphorie du succès des sanctions contre la Russie, qui touche de nombreux pays Européens. Je ne vois aucune raison de s’enthousiasmer et ne comprends pas pourquoi un effondrement de l’économie russe devrait nous réjouir ». Dans le même sens, il a réaffirmé que « nous ne pouvons pourtant pas durcir les sanctions ».

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Le chancelier autrichien souhaite au contraire « créer un espace commun comprenant la Russie, l’Ukraine et l’Europe. C’est un espace économique européen, la question de l’avenir de l’Europe. Un mur permanent ne répond aux intérêts ni de l’Europe ni des autres pays », a indiqué M. Faymann devant les journalistes. Il souhaite clairement vouloir la fin des sanctions dans le cadre de l’idée même d’Europe, une Europe de Brest à Vladivostock comme le précisait le général de Gaulle.

 

« Si les négociations de paix ne donnent pas de résultats, l’UE s’en tiendra à sa politique de protection de la souveraineté. S’il s’agit du processus de paix, il faut clairement indiquer que nous sommes prêts a levé les sanctions ».

 

Ainsi, ces trois pays, l’Autriche, la République Tchèque et la Slovaquie sont « sceptiques » concernant l’adoption de nouvelles sanctions européennes contre la Russie ; ils ont publié un communiqué allant dans ce sens depuis Vienne à l’issue d’une rencontre trilatérale le 26 janvier 2015. « Des sanctions supplémentaires, ou un renforcement des sanctions actuelles ne peuvent, dans le meilleur des cas, être qu’un pis-aller et ne pourront jamais remplacer un plan de paix ».

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Pour Karl Hartleb, chef du département du commerce extérieur à la Chambre de commerce d’Autriche « en ce qui concerne la Chambre de commerce je peux dire qu’elle s’est opposée depuis le début à l’adoption de sanctions antirusses…Bien évidemment, nous nous opposons à l’élargissement ou au prolongement des sanctions. Nos pays ont de solides liens économiques et de nombreux projets d’investissement. Et on y constate un sérieux déclin à cause de l’incertitude quant à l’avenir. Les sanctions contre la Russie et ses contre-mesures ont évidemment joué un rôle. Elles ont considérablement affecté le marché alimentaire de l’Autriche et les exportations autrichiennes ».

 

Pour ces pays de bon sens, le maintien de la croissance et d’un taux de chômage faible est une priorité, priorité que ne semble pas comprendre de nombreux pays, dont la France.

 

La Hongrie, le « mauvais élève » de l’Union Européenne

 

Vikor Orban fait très souvent polémique en  France pour le moindre soupir de sa part, hors il tient des propos moins tranchés que les autres sur les sanctions, mais qui ne font pas moins polémique. Il affirme juste que « seule la paix en Ukraine pourrait garantir le retour des bonnes relations entre l’UE et la Russie », pour le « Chavez européen » comme aime le nommer les médias mainstream européen. Il est vrai que le chef d’état hongrois après avoir été un fervent libéral, a vu les limites du libéralisme débridé proposé par Bruxelles.

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Il s’inspire de la Russie notamment concernant « le nouvel Etat que nous sommes en train d’édifier (qui) est un Etat illibéral, c’est à dire un Etat non libéral » en ajoutant que les modèles à suivre sont « des systèmes qui ne sont peut-être pas des démocratie, mais qui sont des réussites »

En aout 2014, il a déclaré que les sanctions envers la Russie conduisaient à « tirer une balle dans le pied », ou a encore appeler à l’autonomie des hongrois d’Ukraine.

Pour Andras Deak, chercheur à l’Académie hongroise des sciences, « il ne fait aucun doute que la politique étrangère de la Hongrie est désormais orientée vers la Russie ».

Pour Gabor Stier, journaliste politique, chef du département international du quotidien hongrois Magyar Nemzet « Selon les estimations des experts hongrois, les sanctions ont déjà fait perdre à la Hongrie 80 millions d’euros en un an. Les Hongrois voteront juste pour ne pas que les sanctions ne soient pas renouveler et non pas pour la suppression des sanctions au nom de la solidarité européenne ».

Plus récemment, la polémique est venue du « vilain petit canard » de l’Union européenne, la Grèce, ou plutôt de ce pauvre peuple « mis en esclavage » par les technocrates de Bruxelles. Cette visite s’apparente à une trahison aux yeux de l’UE

La Russie envisage notamment d’enlever la Grèce des pays touchés par l’embargo des produits agricoles. Par ailleurs, d’autres sujets comme la participation de la Grèce au projet Turkish Stream ou encore l’augmentation des investissements russes en Grèce sont à l’ordre du jour. Malgré la propagande atlantiste de l’UE, il semble bien que la RealPolitik fasse son retour dans de nombreux pays européens.

Alexandre MOUSTAFA

source : http://www.stratpol.com/#!pays-europe-central-refus-sanctions-russ/cxc3

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