QU’ONT VU LES SATELLITES ESPIONS AMERICAINS EN UKRAINE ?

27 juillet 2014

Non classé

par Robert Parry, journaliste d’investigation

CRASH DU MH-17 : LES USA N'ONT PAS DE PREUVES Robert-Parry-300x233 Le parti pris des médias américains en faveur de l’Ukraine a été évident, se rangeant au côté du régime de Kiev et dénigrant les Russes ethniques rebelles ainsi que le Président de la Russie. Mais maintenant – avec tous ceux qui se sont rués pour accuser Poutine de la destruction du vol de la Malaysia Airlines – le journalisme de bas étage a pris des proportions vraiment dangereuses, écrit Robert Parry.

En plein milieu de la dernière hystérie guerrière des médias américains – qui se précipitent pour désigner le Président de la Russie Vladimir Poutine d’avoir abattu l’un avion de passagers de la Malaysia Airlines – on retrouve la même absence de scepticisme professionnel qui a marqué des charges similaires contre l’Irak, la Syrie et d’autres : pourquoi certaines questions clés ne sont-elles pas posées ou pourquoi, quand elles le sont, ne reçoivent-elles pas de réponses ?

« Comment se fait il que le chien n’ait pas aboyé ? » La question du même type, pour ce qui est de la catastrophe survenue au dessus de l’Ukraine, n’est autre que celle-ci : que montrent les images de surveillance par satellite dont les États-Unis doivent disposer ? Il est difficile de croire, avec toute l’attention que le renseignement américain a concentrée sur l’est de l’Ukraine au cours du semestre écoulé, que le transport par camion, ainsi qu’on le prétend, de plusieurs grands systèmes de missiles anti-aériens Bouk de la Russie à l’Ukraine, puis de nouveau à la Russie, n’ait pas été aperçu quelque part.

Oui, il y a des limites à ce que les satellites espions américains peuvent voir. Mais les missiles Bouk font environ 16 pieds de long [4,88 m, NdT] et ils sont généralement montés sur des camions ou des chars. Le vol 17 de la Malaysia Airlines a également été abattu dans le courant de l’après-midi, pas de nuit, ce qui signifie que la batterie de missile n’était en rien dissimulée par l’obscurité.

Alors pourquoi n’a-t-elle pas été posée, cette question des images de la surveillance américaine depuis le ciel – des images et de ce qu’elles révèlent – et pourquoi les grands médias d’information des États-Unis n’y ont-ils mis aucune insistance ? Comment le Washington Post peut-il faire courir de telles histoires en première page, comme celle de dimanche, avec ce titre définitif : « Un responsable américain affirme : la Russie a fourni des systèmes » [1], sans exiger des mêmes responsables américains le moindre détail sur ce que montrent les images par satellite des États-Unis ?

Au lieu de cela, Michael Birnbaum et Karen DeYoung, du Post, écrivent depuis Kiev : « Les États-Unis ont confirmé que la Russie a fourni des lanceurs de missiles sophistiqués aux séparatistes dans l’est de l’Ukraine, et que des tentatives ont été faites pour les ramener de l’autre côté de la frontière russe après que l’avion de ligne malaisien a été abattu jeudi, a déclaré samedi un responsable américain.

« Nous sommes persuadés qu’ils essayaient de faire revenir en Russie au moins trois systèmes Bouk [systèmes lance-missiles]», a déclaré ce responsable. Le renseignement américain « a commencé à obtenir des indications… il y a un peu plus d’une semaine de cela » de ce que les lanceurs russes en question avaient été déplacés en Ukraine, a déclaré le responsable en question », dont l’identité n’a pas été révélée par le Post pour lui permettre de discuter de ces questions de renseignement.

Mais prêtez attention au curieux flou des formulations utilisées par cet agent : « Nous sommes persuadés… », « …commencé à obtenir des indications ». Sommes-nous censés croire – et, peut-être plus pertinent, les journalistes du Washington Post croient-ils réellement – que le gouvernement des États-Unis, qui dispose des services de renseignement les plus développés du monde, ne puisse pas suivre trois camions d’exploitation forestière portant chacun de grands missiles de moyenne portée ?

Ce qui m’a été confié par une source, qui a déjà fourni par le passé des informations précises sur des questions similaires, c’est que les agences de renseignement des États-Unis ont en leur possession des images satellite détaillées de la batterie de missile susceptible d’avoir lancé le missile fatidique, mais que la batterie semble avoir été sous le contrôle des troupes gouvernementales ukrainiennes, vêtues de ce qui ressemble bien à des uniformes ukrainiens.

La source m’a dit que les analystes de la CIA n’excluaient pas encore la possibilité que ces troupes aient pu être en fait des rebelles ukrainiens de l’est dans des uniformes semblables à ceux des troupes gouvernementales, mais que l’évaluation initiale était néanmoins que ces troupes étaient des soldats ukrainiens. Il a également été suggéré que les soldats en question étaient indisciplinés et peut-être ivres, l’imagerie satellitaire montrant ce qui ressemble à des bouteilles de bière éparpillées autour du site, a précisé la source.

Au lieu d’insister pour obtenir ce genre de détails, la presse grand public américaine s’est simplement contentée de se connecter sur la propagande provenant du gouvernement ukrainien et du Département d’État américain, non sans oublier le battage médiatique autour du fait que le système Bouk est « de fabrication russe », point de peu de signification mais répété à l’infini.

Il reste que l’utilisation de la mention « de fabrication russe » pour suggérer que les Russes doivent forcément avoir été impliqués dans la destruction de l’avion est au mieux trompeuse, et clairement destinée à influencer les Américains mal informés. Comme le Post et les organes de presse le savent sûrement, l’armée ukrainienne exploite elle aussi des systèmes militaires de fabrication russe, y compris des batteries anti-aériennes Bouk, de sorte que la fabrication d’origine du matériel n’a ici aucune espèce de valeur probante.

Appuyés sur le régime ukrainien

La plus grande partie des autres éléments du dossier établi contre la Russie provient des accusations proférées par le régime ukrainien, lequel a émergé du coup d’État anticonstitutionnel dirigé contre le Président élu Viktor Ianoukovitch, le 22 février. Sa chute faisait suite à des mois de manifestations de masse, mais le coup réel a été mené par des milices néo-nazies, qui ont envahi les bâtiments gouvernementaux et forcé les fonctionnaires de Ianoukovitch à fuir.

En reconnaissance du rôle clé joué par les néo-nazis, qui sont les descendants idéologiques des milices ukrainiennes ayant collaboré avec la SS nazie durant la Seconde Guerre mondiale, le nouveau régime a donné à ces nationalistes d’extrême-droite le contrôle de plusieurs ministères, y compris le bureau de la sécurité nationale, actuellement sous le commandement du militant néo-nazi de longue date Andriy Parubiy. (Voir Consortiumnews.com : « L’Ukraine vue à travers les lunettes des USA » [2])

C’est vers ce même Parubiy que les journalistes du Post se sont tournés pour trouver davantage d’informations condamnant les rebelles ukrainiens de l’est et les Russes dans l’affaire de la catastrophe du vol de la Malaysia Airlines. Parubiy a accusé les rebelles se trouvant dans les environs du site de l’accident d’avoir détruit des preuves et d’organiser une dissimulation, un autre thème qui a fortement résonné à travers l’ensemble des médias grand-public.

Sans prendre la peine d’informer les lecteurs de l’arrière-plan désagréablement néo-nazi de Parubiy, le Post l’a cité comme un témoin fiable déclarant : « Il sera difficile de mener une enquête complète après que quelques-uns des objets ont été enlevés, mais nous ferons de notre mieux. »

En complet contraste avec les assurances de Parubiy, le régime de Kiev a un casier terriblement chargé pour ce qui est de dire la vérité ou de poursuivre des enquêtes sérieuses en matière de crimes contre les droits de l’homme. Reste ainsi toujours ouverte la question de savoir qui étaient les tireurs d’élite qui ont, le 20 février, fait feu à la fois sur la police et sur les manifestants de Maidan, déclenchant l’escalade de la violence qui a conduit à l’éviction de M. Ianoukovitch. De surcroit, le régime de Kiev n’a pas réussi à établir les faits sur la mort par le feu de plusieurs dizaines de Russes ethniques à l’intérieur du bâtiment de l’Union du commerce à Odessa, le 2 mai. (Voir Consortiumnews.com : « Brûler vifs les manifestants d’Ukraine » [3])

Le régime de Kiev a également dupé le New York Times (et apparemment aussi le Département d’État américain) quand il a diffusé des photos montrant des personnels militaires russes qui, disait-il, avaient d’abord été photographiés en Russie avant de l’être également, quelque temps plus tard, en Ukraine. Après que le Département d’État a eu validé la « preuve », le Times a organisé son journal du 21 avril autour de cette histoire, mais il s’est avéré que l’une des photos clés prétendument prises en Russie avait en réalité été faite en Ukraine, détruisant du même coup la prémisse de l’histoire. (Voir Consortiumnews.com : « Le New York Times retire le scoop des photos ukrainiennes » [4])

Et pourtant nous voici une fois de plus avec ces médias grand-public s’appuyant sur des allégations non vérifiées du régime de Kiev à propos de quelque chose d’aussi sensible que le fait de savoir si la Russie a ou non fourni des missiles anti-aériens sophistiqués – capables d’abattre des avions civils à haute altitude – aux rebelles de l’est ukrainien mal formés.

Cette accusation est tellement grave qu’elle pourrait propulser le monde dans une seconde guerre froide et en théorie aussi – s’il venait à se produire davantage encore d’erreurs de calcul de ce genre – dans une confrontation nucléaire. Ces moments-là sont de ceux qui requièrent le plus grand professionnalisme de la part des journalistes, en particulier du scepticisme à l’égard de la propagande émanant d’une partie tendancieuse.

Malgré cela, ce que les Américains ont vu à nouveau, ce sont les plus grands médias d’information américains, menés par le Washington Post et le New York Times, publiant le plus incendiaire des articles en se fondant principalement sur les propos de responsables ukrainiens peu fiables et sur ceux du Département d’État des États-Unis, qui était l’un des principaux instigateurs de la crise en Ukraine.

Dans un passé récent, ce genre de journalisme américain bâclé a conduit à des massacres de masse en Irak – et a contribué à de quasi-guerres américaines contre la Syrie et contre l’Iran – mais aujourd’hui, les enjeux sont beaucoup plus élevés. Aussi amusant soit-il d’accabler de mépris une kyrielle de « méchants tout désignés », tels que Saddam Hussein, Bachar al-Assad, Ali Khamenei et maintenant Vladimir Poutine, c’est là le genre d’insouciance qui conduit le monde vers un moment très dangereux, qui pourrait même être son dernier.

Robert Parry (Consortiumnews), le 20 juillet 2014
Traduit par Goklyaeh pour vineyardsaker.fr, modifié par Denis, François et Claude pour www.les-crises.fr

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