SELON LE CLUB DES 20, LA FRANCE DOIT REPENSER SON ROLE DANS L’OTAN

13 août 2016

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FIGAROVOX/ANALYSE – Le sommet annuel de l’OTAN se tient les 8 et 9 juillet à Varsovie. Pour les diplomates du Club des Vingt*, la France doit repenser son engagement dans l’OTAN suite à la réintégration du commandement intégré, dont elle n’a pas profité.


Présidé par l’ambassadeur Francis Gutmann, le Club des Vingt réunit d’anciens ministres des Affaires étrangères, des diplomates et des spécialistes des relations internationales, parmi lesquels Hervé de CHARETTE, Roland DUMAS, Bertrand DUFOURCQ, Francis GUTMANN, Gabriel ROBIN, Général Henri BENTEGEAT, Bertrand BADIE, Henri LAURENS, Denis BAUCHARD, Claude BLANCHEMAISON, Hervé BOURGES, Rony BRAUMAN, Jean-François COLOSIMO, Jean-Claude COUSSERAN, Régis DEBRAY, Anne GAZEAU-SECRET, Jean-Louis GERGORIN, Renaud GIRARD, François NICOULLAUD.


La menace soviétique et le pacte de Varsovie étaient à la base de l’existence de l’OTAN. Avec l’éclatement de l’URSS et la disparition du pacte, le problème de la défense collective de l’espace euro-atlantique, sans que soient écartées toutes menaces, perdit de son acuité. A l’initiative américaine, l’OTAN décida de s’intéresser en outre à des problèmes hors sa zone initiale. Elle devint peu à peu une sorte de Sainte Alliance occidentale face à un monde qui lui apparaît étranger et largement conflictuel.

A partir de 2007 et des présidences Sarkozy et Hollande, la France a mené une politique délibérément atlantiste et décidé de rejoindre l’organisation militaire intégrée de l’OTAN. Les conséquences négatives de cette décision l’emportent nettement sur les avantages escomptés. Mais aujourd’hui, les choses étant ce qu’elles sont, il y aurait beaucoup plus de désavantages que de bénéfices à sortir de cette organisation militaire intégrée. En revanche un changement radical de nos comportements au sein de l’OTAN atténuerait significativement les inconvénients de notre participation. Rester dans l’OTAN et l’organisation militaire intégrée, soit! Mais en y affirmant et défendant résolument nos propres positions, en refusant de nouvelles extensions – que ce soit par élargissement ou, sauf de façon exceptionnelle, par de nouvelles opérations hors zone -, et en s’opposant à toute provocation à l’égard de la Russie.

Sans doute notre liberté d’action politique et militaire n’est-elle pas affectée. Notre dissuasion nucléaire reste indépendante puisque nous n’avons pas réintégré le Groupe des plans nucléaires . Enfin, avec une confiance accrue de nos alliés, le Traité de Lancaster House a été possible et nous avons le soutien américain à notre opération dans le Sahel.

Mais si nous sommes désormais mieux informés des projets à l’étude au sein de l’OTAN, notre influence n’y a

nullement augmenté de façon significative. En outre:

● la garantie de sécurité américaine conduit au désarmement structurel de la plupart des pays européens pour qui leur défense est devenue l’affaire de Washington ;

●  notre retour dans l’organisation militaire a définitivement compromis la crédibilité d’une Europe de la défense ;

● fournissant 50 % des ressources et 75 % des capacités militaires, les Etats-Unis imposent leur leadership et le service prioritaire de leurs propres intérêts dans la politique extérieure de leurs alliés.

Leur poids s’exerce également en faveur de leur industrie d’armement.

●  les coûts collectifs de plus en plus lourds (avec le bouclier antimissile notamment) pèsent fortement sur les budgets de défense déjà anémiques des Européens.

Notre appartenance à l’OTAN présente d’autre part trois risques:

●  être entraîné dans un conflit que nous n’aurions pas voulu et sans que nos intérêts vitaux soient menacés ;

●  participer à des opérations hors zone malgré les déboires déjà rencontrés en Afghanistan et en Lybie ;

●  cautionner des initiatives perçues, sincèrement ou non, comme des provocations par la Russie. Ainsi en est-il par exemple du projet de déploiement de forces de combat à proximité du territoire russe, ou des défenses antimissiles installées en Roumanie et en Pologne, ou encore des bruits récurrents d’élargissement à la Géorgie ou à l’Ukraine, quand ce n’est pas au Kosovo ou au Monténégro. Il est regrettable que la France ait donné son accord au projet antibalistique.

Plus généralement notre pleine participation à l’OTAN a gravement affecté dans le monde l’image d’indépendance de la France, qui constituait un élément essentiel de son influence.

La France ne doit pas être prisonnière de son engagement dans l’OTAN. Sa politique est mondiale et ne saurait être limitée aux régions et aux sujets intéressant celle-ci. Son indépendance ou la préservation de sa souveraineté en matière de politique étrangère ou de défense ne doit pas être affectée par les initiatives ou les décisions d’une Alliance dont les objectifs qu’elle poursuit ne correspondent plus aux raisons qui justifiaient sa création.

En ce qui concerne l’OTAN elle-même, il faut à la France:

●  s’opposer à l’admission de nouveaux membres qui, exacerbant les tensions avec la Russie, diluerait la cohérence au sein de l’Alliance et créerait des attentes infondées en Europe orientale ;

●  recentrer l’Organisation sur le cœur de ses missions, à savoir la préservation d’un lien transatlantique fondé sur l’interopérabilité entre les armées alliées ;

●  dans les déploiements en zone (par exemple le déploiement d’avions pour la défense aérienne des pays baltes), veiller à ce que les règles d’engagement évitent tous risques d’escalade et donnent le maximum de capacité d’interventions à nos autorités militaires nationales.

●  décourager l’aventurisme de la structure en privilégiant, si des actions militaires s’imposent exceptionnellement hors zone, des coalitions ad hoc ou le recours à l’Union Européenne qui seule a les moyens d’une gestion globale des crises.

●  refuser les grands projets coûteux et chercher à réduire le poids bureaucratique et financier de la structure.

●  recadrer le rôle du Secrétaire Général qui, contrairement à la tendance actuelle, n’a pas qualité pour formuler une politique qui lui soit propre.

Les règles d’unanimité en usage à l’OTAN permettent à la France, par son veto, d’empêcher ce qu’elle refuse.

Mais l’OTAN peut être aussi un forum dans lequel les Alliés pourraient s’employer à rapprocher leurs points de vues sur les moyens de stabiliser les relations avec la Russie ou sur la situation des pays baltes, ou également encore sur des problèmes très différents tels celui de la Turquie qui, membre à part entière de l’OTAN, a joué un rôle ambigu en tant que pays frontalier de la Syrie et de l’Irak.

La France doit se faire davantage entendre au sein de l’OTAN. Elle en a la possibilité, c’est une question de volonté politique, c’est une question d’indépendance.

source : http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/07/07/31002-20160707ARTFIG00130-sommet-de-l-otan-a-varsovie-la-france-doit-preserver-son-independance.php

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